Mode et morale : conversation croisée autour du « nouveau beau »

La mode est bien souvent le reflet de notre société. Quand cette dernière évolue, la mode entame sa mue, s’adapte et créée. Cela engendre parfois des concepts surprenants mais surtout cela bouscule les codes de la morale ; en bien ou en mal ? Estelle Bertrand

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Lors d’une conversation croisée à l’occasion du colloque Mode et Morale de l’Université de la Mode en mars dernier à Lyon ; Bénédicte Fabien de chez Martine Leherpeur Conseil et Nadine Gonzalez fondatrice de Casa 93, ont abordé la question du « nouveau beau ». Elles étaient accompagnées de Cintia, Gloria et Rubi, trois étudiantes de Casa 93. Des étudiantes bien placées pour en parler puisque ce sont elles qui préparent la mode de demain.

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Je suis Gloria @lil.gloria. look @andreacrews j'ai 21 ans, originaire d'Avignon et j'habite à Paris 📍 Je ne sais pas exactement ce que je veux faire plus tard mais j'aimerais plus m'orienter dans la direction artistique 🎨et le stylisme pour des magazines 🗞et pour des évènements. Mon projet spécial à la @casageracao93 tourne autour du social et de la morale à travers la mode, un outil fort d'expression qui peut faire bouger les codes 👊🏼 Grâce à la prépa, j'ai pu définir un peu plus ce que je voulais faire et ne pas faire dans la mode. J'ai découvert beaucoup de nouvelles choses très enrichissantes. J'attends de cette formation de la découverte, de l'apprentissage et de la professionnalisation par rapport à ce que je veux faire. J'attends que l'on me guide, que l'on me conseille sur le chemin à prendre. 🕊J'attends également des critiques constructives pour mieux avancer. 📸 par @christophesimonafp Look: @andrea_crews

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Quand le luxe s’acoquine avec le populaire

En 1996, Yves Saint Laurent s’associait avec le célèbre catalogue La Redoute pour créer un smoking à 300€. Aujourd’hui Balenciaga sort une copie de l’emblématique sac Ikea bleu pour la modique somme de 1650€… Nous sommes passés d’une ère où l’on vendait du « beau au prix du laid » à une ère où l’on vend du « laid au prix du beau », avec tout ce que ça implique en terme de moralité.

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Quand le luxe descend dans la rue et s’approprie les codes de la banlieue en enfilant des survêtements, cela pose quelques questions. Pour Cintia et Gloria, deux des étudiantes de Casa 93, c’est « une appropriation des classes sociales plus riches sur les plus pauvres. Cela manque d’authenticité ». Mais quand on parle de Demna Gvasalia, directeur artistique de Balenciaga et fondateur de la marque Vetements , qui s’inspire largement des codes populaires dans ses collections (à l’image de sa réinterprétation de la chaussure Crocs), Rubi y voit une « forme d’autodérision. »

Le freak c’est chic

Au-delà des réinterprétations de l’univers populaire dans le luxe, la mode joue beaucoup aujourd’hui sur les différences et l’atypique, ‘ugly is the new beautiful’ pourrait-on dire. De nouvelles agences de mannequins spécialisées dans les profils originaux se développent et le mouvement du Body Positivsm est en plein essor. Pour Rubi « les réseaux sociaux ont eu du bon, les gens ont repris le contrôle de leur image et c’est comme ça qu’on a pu découvrir des comptes comme Ugly Worldwide par exemple. »

Bien entendu les grandes maisons de mode surfent sur la vague et font désormais l’éloge de la mixité et de la diversité. Une démarche un peu hypocrite pour Gloria qui nuance : « même si on prend des gens différents ça reste très contrôlé ».

Bousculer les codes du genre

Dans cette mouvance de la diversité nous sommes obligés de citer le phénomène No Gender. Le mot « fluid » est sur toutes les lèvres et le monde de la mode s’est emparé de cette tendance qui défile sur tous les podiums.

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Hood by Air – Spring 2018

Mais le  No Gender est-il vraiment No Gender ? Pour Cintia et Rubi « il y a toujours l’idée que le masculin est universel. Le style ‘no gender’ est souvent dominé par le vestiaire masculin, à part peut-être chez Vivienne Westwood ».

On voit tout de même une volonté de bouger les frontières et pas seulement celles du genre mais aussi celles de la religion, du temps et de la géographie. On créé de nouveau combos, des ponts culturels, on instaure de nouveaux codes qui parfois dérangent. Mais la mode fait fi des critiques, au contraire c’est un terrain idéal pour expérimenter, c’est un étendard de ce « nouveau beau ».

 

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2 commentaires sur “Mode et morale : conversation croisée autour du « nouveau beau »

  1. Bonjour la mode n’a pas fini d’en faire voir de toutes les couleurs à celui qui veut bien être à son écoute,mais elle est ce qu’elle est, l’affirmation d’une différence avant tout, reflet de la société actuelle qui par rapport à hier,à l’époque, veut être autre, car de plus en plus les individus veulent se différencier dans le non conformisme, ça en prend le chemin. J’ai bien le sentiment qu’avant seuls quelques privilégiés se différenciaient dans leur style ect…maintenant tout le monde le fait très bien et assume aussi ce nouvel état….Auparavant chaque caste était vêtu de telle façon aujourd’hui ça n’existe plus………tout se confond!

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