Rencontre avec Valérie Tribes, créatrice du podcast Chiffon

10 millions d’écoutes pour un podcast, un chiffre qui laisse rêveur. C’est pourtant la prouesse qu’a réussi à accomplir Valérie Tribes avec Chiffon. Lancé début 2017, son podcast laisse la parole à toutes les femmes pour parler de leur vision de la mode et de l’élégance. A chaque épisode, écouteurs sur les oreilles, c’est un peu comme si on papotait fringues avec nos amies. Estelle Bertrand

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©Instagram Valérie Tribes

Le conseil que j’ai envie de donner aux jeunes c’est : allez au bout de vos rêves mais gardez un pied dans la réalité

En cette fin d’année universitaire, Valérie Tribes a eu la gentillesse de se déplacer à Lyon pour participer à la soutenance de mémoire d’une de nos étudiantes de master 1 Mode et Communication. En effet, Clara a pris pour sujet La Parisienne et s’est en partie appuyée sur le podcast Chiffon pour analyser ce fameux mythe puisque Valérie Tribes aborde régulièrement ce sujet avec ses invités. Cette soutenance a été pour nous l’occasion de rencontrer et discuter avec la créatrice de Chiffon qui nous en a dit un peu plus sur son parcours.

Faire du droit…

Très tôt j’ai voulu être journaliste. A l’époque, on est dans les années 90, il n’y avait qu’une seule école de journalisme publique : celle de Lille. Dans mon milieu ça ne se faisait pas de payer pour aller dans une école, l’université faisait encore partie de l’ascenseur social. Donc sur les conseils de mon professeur d’économie je me suis inscrite en droit à ASSAS. J’ai fait du droit privé ensuite du droit du travail, puis du droit d’auteur et j’ai fini avec un doctorat mais je n’ai pas terminé ma thèse car ça ne m’intéressait pas tellement :  je voulais travailler dans la presse ! J’ai d’ailleurs fait tous mes stages dans ce milieu, c’est resté une obsession.

…pour arriver à la mode

J’étais déjà un peu intéressée par la mode mais pas franchement par la partie rédactrice de mode. Quand ont dit « je suis journaliste de mode » il y a deux types de postes : les rédacteurs de mode qui habillent les mannequins, un métier que je ne trouve pas très intéressant et qui perd de plus en plus de sa valeur ; et le métier que j’appelle « tendanceur » que j’ai très vite voulu exercer.

Mais bon la réalité n’est pas si simple, dans ce milieu quand on n’a pas le bon réseau il faut se débrouiller tout seul donc j’ai commencé mon premier CDI dans la presse professionnelle auvergnate en habitant à Paris et en n’ayant jamais mis les pieds en Auvergne ! Je parlais des brasseries auvergnates et finalement pendant quatre ans je me suis éclatée.

Après j’ai fait la bêtise de quitter un CDI pour aller travailler à la télé car j’ai toujours été attirée par les paillettes… J’ai été rédactrice en chef pendant un an d’un magazine de décoration sur Téva mais rapidement j’ai trouvé que c’était un milieu qui ne me correspondait pas du tout.

Ensuite j’ai continué à piger pour la télé en couvrant les Fashions Week et c’est ainsi que j’ai rencontré Sophie Fontanel qui m’a fait rentrer dans le magazine pour lequel elle travaillait. Finalement toute ma carrière de journaliste entre 35 et 40 ans s’est fait au gré de mes rencontres.

World WILD web

En 2004 j’ai écrit un article pour le magazine Glamour qui disait que le métier de journaliste de mode allait mourir à cause des blogueuses. A l’époque personne ne m’a crue mais je ne m’étais pas trompé au vue de mon nombre de piges qui diminuait…  J’ai ensuite travaillé pendant 3 ans à la tête d’un magazine people –un gentil magazine people– mais j’ai décidé de quitter mon CDI car je m’ennuyais et je suis quelqu’un d’assez impulsif. Surtout je me disais que j’allais retrouver facilement du travail.

J’ai voulu me lancer sur le web et presque instantanément, Prisma Media m’a embauché pour redresser la partie mode du magazine Oh my Mag. Et là j’ai découvert la dure réalité du web… En fait être journaliste sur le web c’est copier-coller des images sur les dossiers de presse que te donnent les attachés de presse, ce n’est pas du tout intéressant. C’est en recevant ma première fiche paye que j’ai eu un choc : j’avais 45 ans et je gagnais moins de 500 euros…

Le déclic Chiffon

A ce moment-là je m’effondre : c’est ce que je vaux à 45 ans ? C’est mon compagnon, qui sait que je suis une passionnée de podcast, qui m’a encouragé à créer mon podcast, quitte à ne pas gagner ma vie au moins ça serait quelque chose d’intéressant.

Faire un podcast sur la mode c’est vaste, mais je me suis lancée, une amie m’a dit qu’elle m’aiderait pour le montage et j’ai fait un appel à participation sur mon compte Instagram.

chiffon-podcast-mode

Parce que le succès de Chiffon je le dois à mon compte Instagram, même si c’est un outil qui aujourd’hui m’agace profondément. J’ai donc invité des filles à venir « chiffonner avec moi »  –je vous assure que je ne me rappelle plus d’où vient ce nom !– et très vite je me suis retrouvée 3ème sur Itunes, ça a été fulgurant. Oser interviewer des inconnues, m’intéresser à madame tout-le-monde et aller en province, c’est ça qui a fait le succès de Chiffon.

Pendant 6 mois je voyais les audiences grimper en flèche mais je ne vivais pas encore de cette activité et puis il y a eu le premier papier dans Elle. Je ne sais pas comment est arrivé cet article mais il parlait de Chiffon comme le podcast le plus « franchouillard » et ça, ça m’a beaucoup plu. Car dans Chiffon on parle français et j’y suis très attachée. Il faut savoir qu’en France il y a seulement 30% des gens qui parlent ou comprennent l’anglais.

Je voulais quelque chose d’intergénérationnel qui parle à tout le monde et je crois que c’est gagné. Chiffon c’est un podcast bienveillant, je ne suis pas dans le jugement, j’écoute simplement les histoires même si parfois je ne suis pas d’accord : quand Inès de la Fressange me dit qu’un clochard peut être élégant j’ai failli tomber par terre mais après tout elle assume ses paroles.

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Depuis tout s’est accéléré, des marques ont commencé à me contacter, j’ai monétisé le podcast et je suis passée de journaliste à chef d’entreprise ce qui a été très compliqué pour moi, je ne l’assume pas vraiment. Mais ça a révélé des choses sur ma personnalité, je me suis rendue compte que je n’arrivais pas à donner d’ordres et à dire quand ça ne va pas, c’est un vrai travail que j’ai à faire, ça sera pour la saison 3 de Chiffon !

Aller au bout de ses rêves

Le conseil que j’ai envie de donner aux jeunes c’est : allez au bout de vos rêves mais gardez un pied dans la réalité. Si vous avez envie d’entreprendre tant mieux mais attention c’est compliqué. En ce moment c’est un peu la mode chez les millenials de tout lâcher pour être entrepreneur, toutes les entreprises que l’on voit fleurir sur Instagram il y en a finalement très peu qui sont viables. Je connais plein de jeunes créateurs qui malheureusement sont à l’agonie.

Donc attention au « miroir aux alouettes », il faut vraiment étudier le marché du travail, voir ce qu’il se fait réellement, on ne peut pas vivre d’amour et d’eau fraîche ! Personnellement si Chiffon n’avait pas marché j’aurai arrêté.

La mode vs la tendance

Ce qui fait la mode en ce moment c’est la rue et malheureusement Instagram et donc des marques… Mais je retourne la question : qu’est-ce que c’est qu’être à la mode ? Pour moi c’est être esclave des tendances et si on est esclave on n’est pas libre et de fait on n’est pas heureux. Je n’ai que faire de la mode en revanche, je m’intéresse aux tendances. Mais ce qui compte c’est le bien-être donc pour moi la mode ça ne veut plus rien dire.

Je n’ai pas de créateur qui me marque, ceux qui sont en vogue c’est de véritables montages médiatiques. Prenez donc Jacquemus par exemple, on va dire qu’il est à la mode parce qu’il est copain avec Jeanne Damas et qu’il a de bonnes connexions dans la presse mais son entreprise ne marche pas. Ça n’a pas beaucoup de sens pour moi.

Pour finir, la mode en un mot …

…intemporelle.

!important;

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MAJ : Valérie Tribes sera l’invitée de l’Université de la Mode le 18 octobre 2018 pour une soirée « Conversation Croisée ». Pour vous inscrire à cette soirée gratuite et ouverte à tous, rendez-vous sur la page de l’évènement.

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4 commentaires sur “Rencontre avec Valérie Tribes, créatrice du podcast Chiffon

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